Pourquoi je prends les auto-stoppeurs ?

Jeunes, vieux, hommes ou – bien plus rarement – femmes, je les ai progressivement vu revenir sur les bords des routes, aux intersections, aux sorties des agglomérations et aux alentours des péages.

Ouvriers en fin de mois, saisonniers en attente de la nouvelle récolte, jeunes sans permis de conduire ayant besoin d’aller plus loin que le village d’à côté, mais aussi simple quidam en panne (et trop fauché pour avoir le contrat d’assurance qui va bien), voisin trop ivre pour conduire… Ou routard averti. Chacun son style mais tous ont cette même reconnaissance pour celui qui s’arrête – quand bien même il ne se rend pas à la même destination et repart sans passager.

Je goûte ces moments particuliers, l’obligation réciproque de parler du temps, d’écluser quelques sujets anodins pendant que les kilomètres défilent. L’habitacle gagne en humanité. Puis c’est l’arrivée, les remerciements, la portière qui claque et le moteur qui s’emballe, accompagné du clic-clac du clignotant. Chacun repart sur son chemin.

Rencontres d’un temps, fragments de vies qui se croisent et toujours cette réflexion « Mais à quelle autre occasion aurais-je bien pu croiser cette personne et avoir le temps (et l’envie, ne soyons pas hypocrites) de l’écouter ? »

Une fois seule, je dois bien reconnaître que je repars (un peu) plus riche. Non pas que je demande une quelconque rétribution – manquerait plus que ça ! – mais parce que tous ont laissé un petit bout d’eux-mêmes en partageant qui un souvenir, qui une historiette, qui en laissant un sentiment affleurer alors que le sujet semblait banal.

S’arrêter et interroger un auto-stoppeur est juste un acte solidaire, citoyen et somme toute, ordinaire.

Pourquoi en faire un article alors ?

Parce que j’observe le quotidien. Et que sur un même trajet parcouru pendant trois ans à des heures variées, je constate un phénomène allant croissant, qui me donne à réfléchir.

En conclusion :

Oui je prends les auto-stoppeurs. Non, je ne me suis pas faite agresser, violer, démembrer et non, je n’ai pas peur. Ils ne sont que des êtres humains, dont les motivations vont du prosaïque « rentrer chez eux » à « aller à un autre endroit » en faisant appel à un tiers qu’ils ne connaissent pas non plus et à son sens de la charité. En croisant (eux aussi) les doigts pour ne pas tomber sur un serial killer…

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