Être, tout simplement

(Texte initialement rédigé pour la Revue Rêve de Femmes en vue d’une parution en été 2019.)

Il m’a fallu du temps… Pour comprendre qu’aimer se recueillir dans la Nature, cueillir et sécher ses herbes, en connaître les vertus et usages, aller s’échapper les soirs de Pleine Lune mais aussi ceux tout noirs de la Nouvelle Lune et faire brûler des bougies en des lieux bien particuliers ne fait pas de moi un être « bizarre ».

Il m’a fallu accepter… Que cette voie se vit bien souvent de manière très solitaire. Qu’elle fait partie intégrante de moi, que je m’aime et me respecte ainsi. Qu’aux pieds des arbres je me sente appelée, que certaines roches invitent à s’y déposer pour mieux se décharger de toutes ses peines. Que quelques-unes d’entre elles sont de fabuleuses portes d’entrée et que d’autres de vrais coffres-forts à secrets. Que les gardiens sont là et se manifestent pour qui ouvre son cœur et laisse parler son âme.

Il m’a fallu chercher… Errant pieds nus pour être en connexion complète avec le sol, ses aspérités et ses habitants afin de trouver des espaces refuges. Et sentir le lien si puissant qui m’y a reliée. Ces lieux appellent et réclament : des soins, de l’attention, des offrandes ou simplement de la présence. Ils vibrent fort, si fort !

Les forêts murmurent et de petit peuple se réjouit que nous sortions enfin de notre amnésie. Ils nous accueillent et nous soignent, nous guérissent. A nous qui les redécouvrons, ils nous couvrent de cadeaux et de bénédictions.
Quelle joie ! Quel honneur également de sentir les élémentaux, les dévas et tous les esprits ! Quelles responsabilités aussi. De leur transmission, de leurs rappels naissent de nouvelles formules autant que ressurgissent d’anciennes mémoires. Gratitude.

De sorcière assumée parcourant les contrées avoisinantes de jour comme de nuit dans ses quêtes mystiques instinctives à la femme active, maman, sœur et amante il y a parfois un sentiment de hiatus. Et pourtant la magie est présente à chaque instant et dans chaque souffle, chaque respiration. Dans la moindre intention posée, dès qu’un repas se prépare, qu’une tisane infuse ou qu’un échange avec autrui s’instaure. Les mots sont pesés (ils ont de la valeur et une vibration unique), les actes sont réfléchis et les réalisations viennent du cœur.

C’est quand je déroge à ces préceptes de vie que je sens le décalage. C’est lorsque je perds cette authenticité, celle qui émane de moi, qui attire autant qu’elle repousse selon la sensibilité de chacun, que les erreurs adviennent. Je perds alors cette joie, cette lumière que de plus en plus de mes interlocuteurs me signalent ressentir.

Aujourd’hui je suis sorcière, qualifiée ainsi par mes ami.e.s et proches : celle qui communie avec ce qui fait vibrer son âme, celle qui se sent intimement connectée à la Nature, celle qui a compris que la dévotion, le silence et l’écoute teintent sa Vie d’une saveur unique et lui permettent de rayonner. Celle qui accorde ses actes avec ses valeurs. Celle qui sait dire non pour se respecter. Celle qui offre sans attendre de retour, qui prête attention aux cycles – les siens comme ceux des autres et ceux de la Nature – , celle qui aime et recherche la solitude.

De cet équilibre subtil dont je détiens les clés, naît un sentiment de maîtrise du temps. Et même plus, d’être bien souvent « hors du temps ». Préciosité de ces moments, de leurs textures et de leurs leçons.

Être sorcière ce serait donc être Soi. Tout simplement. Écouter ce que notre cœur a à nous dire. Et suivre ses chuchotements. Aller là où nous nous sentons bien, où nous sommes en sécurité, heureuses d’être avec nous-m’aime.

Être sorcière ce serait aussi savoir écouter. Dans la Sororité entendre celle-qui-est-affligée et qui raconte sa peine tandis que nous repiquons les salades sous le soleil printanier et lui offrir ce temps d’écoute. Lui sourire, les yeux dans les yeux et la remercier de sa compagnie. La voir sourire en retour et se réjouir d’avoir pu déposer son fardeau.

Être sorcière ce serait savoir appeler. Incanter, lancer l’intention et lâcher prise. Attendre. Attendre car cela est juste, que les temporalités s’accordent. Ce serait savoir reconnaître cette âme par nous appelée et l’accueillir comme il se doit. Respecter son rythme, se réjouir de la rencontre et savoir la laisser repartir. Ce serait ressentir ces espaces, les ménager et les préserver pour que celles et ceux qui viennent à nous puissent se ressourcer. Ce serait leur accorder un espace de refuge, une cohabitation joyeuse où ils puissent recharger leurs batteries, trouver la réponse à une question ou encore simplement respirer. Sans durée, sans condition autre que le respect mutuel et les partages.

Être sorcière aujourd’hui ce n’est pas simplement allumer bougies et encens, c’est savoir assembler les pommes de pin pour improviser un mandala en remerciement à un arbre qui nous aura soignée, écoutée, réconfortée… Ou simplement ombragée le temps d’une lecture.
Être sorcière ce sont également ces moments formidables d’échanges avec nos soeurcières, celles qui nous reconnaissent et avec lesquelles il est si bon de se retrouver ! Chemins parallèles, sentiers qui se croisent, se défont au rythme des Lunes et aléas de la Vie puis se retrouvent inopinément (sourire : mais le Hasard existe-t-il vraiment ?) pour d’intenses partages.

Être sorcière c’est prendre soin du Vivant. En cela nous commençons par nous-même et avons conscience de la portée de chacun de nos choix.
Être sorcière ressemble à être alignée. Ainsi, nettoyer sa maison, préparer un gâteau ou réciter un Mantra sont des actes tout à la fois anodins et pourtant si importants. C’est parce que nous le savons que l’espace où nous nous situons est si accueillant.

Être sorcière c’est tout cela et encore bien plus à la fois ! Parce que chacune d’entre nous a le pouvoir et la responsabilité de sa Vie. Cette découverte prend des années, demande à chacune d’interroger son cœur et de faire simplement, avec ses moyens et possibilités.

Être Sorcière est en définitive être/(re)naître Femme : une Femme pleinement incarnée.

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