[32 : Dans le chœur des femmes]

C’est à un homme qu’elle devait d’avoir posé la bonne question… Évidemment.

Au terme d’échanges improbables, elle avait encore parcouru la spirale. Nulle anormalité, une simple remise à jour. Contrôles, procédure aux points complexes, validations. Bilan ? Que de chemin restait-il à parcourir !

Elle apprenait à écouter. Non pas à tendre l’oreille pour mieux répondre mais à entendre et juste être présente. Offrir à l’autre l’espace de se déposer. De se raconter. De mettre ce dont il ou elle avait besoin entre nous et de l’y laisser. Elle s’étonnait de voir ô combien cela semblait manquer à ses contemporains. Ceux-là pouvaient parfois avoir le béguin juste parce qu’elle avait su se taire et être en présence quelques minutes parfois. Quels manques ! Quelle tristesse aussi… Qu’elle n’aimait pas cette réalité. Que la Famille lui manquait… Patience.

Dans les répétitions et les bégaiements de sa petite vie il y avait ces rappels. Ce trois fois par trois sources dans trois formulations (un vibrant merci mes sœurs : je vous aime). De vivre pour soi. De continuer aussi, car elle était aimée, et pas juste pour ses responsabilités (quand bien même celles-ci étaient minimes, entendons-nous bien). Il y avait cette bienveillance sororale, cet enveloppement de femmes droites et vraies qui savaient parler juste, tout en étant économes de mots. Qui étaient attentives et capables de la tancer quand elle s’égarait. Qui la ramenaient dans le chemin pour qu’elle s’occupe de ses dossiers urgents. Rappel des priorités. Rappel des évidences aussi… Et pleurs, parce qu’elle semblait ne plus savoir faire que cela depuis un an et demi. Elle qui avait tant réprimé ses larmes se liquéfiait littéralement. Elle continuait, parcourait ses enfers personnels pieds nus, sur des charbons ardents (histoire de bien renforcer la corne de ses pieds). Elle persistait, sans trop savoir où cela la mènerait bien, mais qu’importait-il après tout ?

Elle avait fait pénitence aussi. Certaines vérités bibliques avaient parfois un sens et elle l’apprenait à ses dépends. Elle pouvait créer ses propres rites, en appeler à toutes les déités du panthéon de Dame Nature, elle n’échappait pas à quelques réalités millénaires. Être une sorte d’exception étrange parachutée ici-bas ne faisait pas d’elle une personne exceptionnelle, de ça aussi elle en avait drôlement conscience.

C’était le prix de la sororité vécue en conscience. Celle qui sait refuser, celle qui n’hésite pas à se couper de ce qui blesse ou pourrait blesser autrui. Celle qui accepte de renoncer, aussi douloureux que cette décision puisse être. Celle qui renvoie à ses failles et crayons, rappelant que pour être tout juste bonne il faut de l’ouvrage. Et que le travail ne s’arrête jamais, qu’une vraie dose d’exigence n’est encore que le seul préalable avant de pouvoir réellement prétendre à être… Artiste, rédactrice, magicienne des réseaux ou simple maman. Chaque facette réclamait une implication totale. Alors elle prenait du recul. Élaguait son emploi du temps, revoyait ses priorités. Et enfin s’octroyait du temps. Un temps pour elle vraiment, une plongée dans le Noble Silence. Tout juste posée sur le seuil, elle l’avait préparé, accueilli et déjà elle en sentait les prémices. Doux moment de plongée radicale en soi. Sans faux-semblant, sans atermoiement, sans possibilité de fuite. Seule. Avec elle-même. Elle savourait d’avance cette expérience tout en sachant pertinemment qu’elle allait se bousculer, sentir son pouls battre encore et que pour apaiser ses tensions il lui faudrait d’abord y faire face et les traverser pour pouvoir les apurer.

Mais pour qui danse avec les dragons, quelle voie plus juste que celle du souffle ?

A eux enfin, remerciements pour leur guidance – et de l’avoir ramenée (même si la colère et l’incompréhension persistaient, un éclairage viendrait peut-être en son temps…). Elle ne pouvait retranscrire tout ce qui lui était confié – certains sceaux sont inviolables – mais à tout le moins certains mots pouvaient être partagés pour laisser entrevoir leur vol. D’autres sauraient emprunter ces pistes invisibles tant elles leurs sembleront évidentes. Il n’est parfois besoin que d’un caillou (en forme de cœur) pour indiquer le chemin à qui sait se fier à ses ressentis.

Cela aussi, elle l’apprenait… Il était temps !

Même si le temps, pour elle, restait toujours aussi relatif.

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