Page blanche ou asséchement de l’encre ?

L’écriture est passion, nécessité, évolution. Non pas tour à tour mais d’un bloc. Elle nous prend sur le vif, sans se laisser apprivoiser ni adoucir. Et se perd dès lors qu’elle n’est pas fixée. Question d’inspiration ou mémoire de poisson rouge, qu’importe. La rédaction a ce côté magique, nous fait vivre ces moments incroyables dès qu’on lui laisse temps et espace pour se développer.

Inversement il arrive que l’encre sèche dans le stylo. Que mille mots posés ne fassent plus sens (merci les joies du référencement aléatoire et des résultats de recherches improbables). Que persévérance n’y puisse rien. Il y a des heures, des jours voir des semaines où malgré une hygiène impeccable, un rythme soutenu et une grosse envie, rien ne sorte vraiment. Entendons-nous bien : la “page blanche” n’existe pas. N’importe quels mots peuvent être posés. Grattés, répétés à l’envie. Tout texte préexistant peut être repris, réécrit, biffé et raturé, rien de satisfaisant ne sort. Alors quelque soit sa couleur, son taux d’occupation, ses lignes, la page reste vide… de sens.

Le seul juge, avant publication, est l’auteur. Son degré d’exigence constitue l’aune primaire. Dans cette configuration, effectivement, il est seul maître à bord et peut expérimenter des passages à vide douloureux. La frustration s’installe, tourne en boucle, décourage… Et même quand au cœur de cette tempête émotionnelle surgissent quelques lambeaux un minimum à la hauteur de l’attendu, il est rare qu’ils soient conservés. Trop chargés. Leurs vibrations ne résonnent qu’entre elles, sans réussir à s’accorder à de plus vastes morceaux. Nécessaire maturation, mais oh combien difficile à expliquer.

Tel est le calvaire que rencontre parfois l’auteur.

Que dire du rédacteur ? Sa production – obligatoire – fait l’objet de filtres, est jugée par un ou des tiers avant parution. Cette densité est maîtresse en bien des points. Période d’apprentissage pour l’écrivant, aspirant auteur. Nombre d’enchaînements et de brides seraient passées à la trappe, auraient été écrites et réécrites sans forcément aboutir. Et pourtant… Les tiers veillent. Si leurs besoins priment, restent que leur niveau d’exigence est parfois corsé. Avec le recul, la relecture surprend. Bien des éléments restent pour le rédacteur peu enthousiasmant, mais au fil des lignes qui défilent des paragraphes prennent une autre coloration. Dans ces amas de “pisse-copie” on a tôt fait d’oublier ce qui est paru. C’est alors amusant de lire un vieux texte et de le trouver sympa, au point de se dire “tiens, j’aimerais bien écrire comme ça de temps en temps [parce que c’est plus léger, tonique, drôle… et mille autres raisons]” et de s’apercevoir qu’on en est l’auteur !

Le rédacteur n’a pas le luxe du doute. C’est à la fois assez effrayant et très libérateur. L’ego est malmené – les corrections d’épreuves peuvent se révéler être de vraies épreuves (ok elle est facile mais si vraie) – les choix ne nous appartiennent plus. Mais la récompense reste d’écrire tous les jours. Oui, tous les jours. Même “juste quelques lignes”. Cette production de masse est un terrain d’expérimentations, un lieu où s’essayer et tenter quelques galops d’essais. Quand la plume se délie, que les termes s’enchaînent et que les images se laissent capturer, quelle joie ! Et cela se ressent, les tiers soulignant leurs observations.

L’écriture est matière, vivante et animée. Elle demande, quelque soit la position que l’on occupe et la part de liberté que l’on a, d’avoir confiance. Alors elle se laisse apprivoiser, dompter et caresser.

Récompense d’un travail ardu. Parce que si tout le monde sait (ou croit savoir) écrire, reste que pour ceux et celles qui en ont fait leur quotidien les remises en question sont fréquentes et bien souvent vécues de manière solitaire. De l’importance d’échanger – même virtuellement – et de savoir prendre du recul.

Cet article, resté un brouillon pendant plus de 10 mois, est toujours aussi actuel.

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