Un pied devant l’autre…

L’errance est un long chemin… et la solitude y est grande. Sa nécessité est évidente, pourtant cela ne signifie pas qu’elle soit facile à accepter et encore moins à vivre. Le décalage qui se fait entre le soi, la perception des choses, immédiatement retraduites dans notre vie courante, notre vocabulaire, notre sensibilité sont autant d’indices mais aussi et paradoxalement de petits pas qui nous éloignent bien plus souvent qu’ils ne nous rapprochent de nos amis de longue date. Difficile pour eux d’appréhender le chemin parcouru, d’accepter le changement pour ce qu’il est.
En parallèle s’établissent de nouvelles relations. Parfois très ambiguës, parfois mal interprétées. Le plus souvent faute de communication.

Ceci dit, je me vois mal inviter quelqu’un à boire un café et lui balancer « Ah au fait, ça fait quelques fois que l’on se croise et comme nous nous connaissions [intimement] dans une vie antérieure, je me sens super proche de toi. Mon corps retraduit mon ressenti de façon très forte, je ne me leurre pas sur les signaux mais j’aimerais tant que là tout de suite tu me prennes dans tes bras et me serre contre toi. Puis après on ira se planter dans un champs et on papotera de tout et de rien pendant une nuit entière. Au petit matin, nous serons heureux, tout simplement, et nous serons les meilleurs amis du monde. Plus besoin de paroles, ni de regards. Être là, ensemble, avec le concert des oiseaux célébrant l’aube nous vibrerons sur la même onde. »

Alors on garde son calme, on joue le jeu de se retrouver régulièrement – par la force des choses – et plus on essaye de normaliser la relation, moins ça fonctionne. En apparence, les témoins de ces rencontres entrevoient une belle amitié naissante. Au fond de soi, on est impatient, on joue le jeu mais on aurait envie de plus, tout de suite. Le sentiment de perte de temps et de futilité s’installe et in fine, on essaye de penser à autre chose. Évidemment, l’âme ne se laisse en rien abuser et les rappels à l’ordre sont fréquents et de moins en moins subtils. Le mental continue de faire le tri, s’oppose à la retranscription physique et il se crée un point de déséquilibre. Le vis-à-vis n’y comprend rien, risque de mal interpréter les gestes d’humeurs, les silences ou même les sourires.
Le temps passe, impassible.
Les choix préalables, les conditions de la rencontre sont analysés mais le doute s’installe. Arrive le jour où on se dit : « Ouais ben tant pis, la personne est bien sur le pas de la porte de l’Éveil mais elle n’est pas si prête, je ne serais pas son catalyseur… Mais quel dommage et quel gâchis ! ». La suite est connue, la relation se délite, s’étiole et chacun repart avec quelques souvenirs sympas d’une période, souvent assez brève.
Ou alors on abrège, on se fâche sur un prétexte futile et on coupe les ponts, ou « la vie » s’en charge.

La suite est connue, archi-connue. M’enfin, j’hésite entre le « chienne de vie » facile et sans teneur véritable et un profond sentiment de tristesse. L’heure du choix approche, et pour cette boucle-là, la première des options n’est pas recevable. Dont acte.

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