[Fragment 17 : modification des perceptions]

Elle se sentait s’épuiser. Dans ces moments où la fuite semble un motif raisonnable, elle oubliait parfois que l’endurance, son endurance, avait elle aussi ses limites. Oh, physiologiques et mentales, rien qu’un peu de repos ne soigne… Elle savait, à force de vivre la répétition, que se sentir tiraillée révélait bien plus qu’il n’y paraissait. Et que la spiritualité passait alors au second plan.
Moment qui appelait à un tournant, prélude à autre chose…

Mais cette fois-ci elle avait vécu une rencontre, elle s’était retrouvée dans un effet miroir et des mots avaient été mis sur ses maux. Bénédiction ? En tout cas gratitude infinie pour cette révélation ! Elle avait enfin trouvé sa « famille », ces alter ego disséminés ça et là, qui commençaient à se mailler dans des croisements, au fil de son chemin. Elle retrouvait les fils et commençait à percevoir un motif plus vaste, à entendre les rythmes et ses vibrations cherchaient le bon tempo pour rejoindre l’unisson. Il était encore ténu, un peu fragile et pas encore assez régulier pour qu’une trame plus vaste se dessine mais elle était patiente : il lui restait bien des étapes à franchir pour être en mesure d’aller plus loin.
Elle faisait pousser ses racines comme bon lui semblait et son rayonnement timide ne tarderait pas à s’amplifier. Recharger ses batteries, se préserver pour mieux se retrouver, entière, pleine et vivante.
Elle aimait ces impressions, comme autant de signaux faibles qu’elle remonterait comme le saumon remonte la rivière. Le voyage se dessinait, avec ses parts d’inconnues, ses joies, ses peines et tout ce qui en ferait un sentier atypique mais nécessaire pour s’adapter. Comme le marcheur module son rythme selon les terrains rencontrés. Avec ses plaines immenses, balayées par les vents, ses points d’eau jamais si éloignés qu’ils ne puissent être atteints. Leur fraîcheur, puis ce froid signalant que le temps était fini, qu’il fallait reprendre la route.

Elle était sensible aux retranscriptions, à ces supports si évocateurs. Immersion musicale, puiser dans l’énergie, accepter de prendre soin de soi, en direct mais aussi de savoir s’en remettre à d’autres. Accepter qu’elle le méritait, qu’elle avait le droit, comme tout un chacun.
Et l’apprécier.
Remercier encore, frôler des mystères sans les résoudre. Accepter leur évanescence, sans chercher à les retenir. Glisser, avancer et respirer. Profondément. Travailler avec le souffle. Aimer l’air, ses caresses, sa violence comme sa langueur et sa pesanteur.
Sensations retrouvées, immersion dans la Nature, moments de communion ramenant la chaleur qui lui faisait tant défaut.
Transmission et identification chez les tiers.
Nécessité.
Rêve nécessaire à la poursuite d’un tout trop vaste pour en saisir les contours. Et rêve encore, pour que son image s’imprime en profondeur et se cristallise. Lâcher prise, pour mieux en permettre la réalisation future.

Ainsi soit-il !

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