[Fragments 9 : Sur le fil du rasoir]

Il est venu le temps de la cristallisation. Tant de choses en maturation, tant de projets lancés, d’énergie injectée, de vœux formés… Le lâcher prise est venu après le temps des prières, les graines ont été plantées, tout sommeille. La Terre est froide, le vent gèle sa surface : les espoirs sont loin, quelques parts enfouis dans un recoin, près d’une chaleur intangible.

Nul ne parle : c’est le cheminement silencieux, l’attente solitaire, les temps de bercements intimes. Les troubles sont évacués, écartés sans avoir eu le temps d’atteindre autre chose que la surface perceptible.

L’hiver est là. L’âme s’interroge, se repose avec ses intermittences de questionnements, ses craintes mais surtout une foi inébranlable : après la pluie, le soleil. Il n’est simplement pas encore temps, la patience est partie prenante de la maturation.

Grandir nécessite des ressources, la nourriture doit être administrée avec régularité, tant au corps qu’à l’esprit. Mais gare à ce qui est fourni : chaque ingrédient porte sa résonance, influe et peut provoquer l’envol, la stagnation comme la chute. Les ordres sous-tendent les actes, les chemins se dessinent, les motifs se révèlent à qui veut bien prendre le temps de les lire. La compréhension naît peu à peu, les logiques rentrent parfois en conflit : la proximité peut enchaîner, retenir et même clouer au sol.

Mais le temps n’est ni à la fuite, ni à la purge. Chaque sente possède ses pouvoirs, l’acceptation ne signifie pas résignation mais bel et bien « com-préhension » (prendre avec soi). Le parcours distille ses lumières mais possède également ses parts d’ombres. Rentrer en soi, s’interroger, élaguer délicatement pour ne pas perturber les équilibres tout en encourageant une repousse saine, prévoir un printemps rayonnant… Et admettre les moments de découragements, ne pas les enterrer mais bel et bien « laisser couler ». La rétention n’est qu’un leurre : la force vient des épreuves que l’on dépasse, le discernement n’en est pas altéré. Encore faut-il être capable d’ouvrir les vannes. Pour irriguer… Avant de se remettre à irradier.

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