Fragments épars (2)

Un jour, bien plus jeune, elle avait renoncé. Elle s’était coupée de ses ressentis, coupée de toute forme de spiritualité. Aveugle, sourde, abêtie, elle avait continué d’avancer « dans la vie ». Telle un zombie, un robot, un automate ou plus simplement, sans conscience.
Facilité.

Les années avaient passé et un jour elle s’était reconnectée. Rouverte de nouveau. Les signes étaient revenus, les petits hasards qui n’en sont pas, les signaux redondants de bienvenue. Les frissons, la joie, les peurs, la compassion… L’humanité. Le ciel était redevenu bleu, somme toute.

Les choix avaient été faits de nouveau, pesés, ajustés, exprimés ou non mais assumés quoi qu’il en découle. Dure route. Apprentissage ardu des réalités. Réalignement. Montée.

Aujourd’hui pourtant quelque chose en elle remettait tout en question. Le corps refusait de suivre l’esprit, maître trop exigeant, intransigeant, la scission s’exprimait de maintes manières. Elle voulait arrêter, s’arrêter. Les routes défilaient continuellement, mais comment les apprécier lorsqu’on les dévale / avale sans avoir le temps d’en compter les cailloux, de se reposer sous les arbres qui les bordent, de ramasser quelques fleurs sur le bas côté ?

Dissonance. Dissolution ?

Désaccord. Sans repentir, juste l’envie « de tout plaquer », énervement continuel, mensonge face aux extérieurs mais comment simuler face à ceux qui nous aiment vraiment ? Elle ne le savait pas.
Elle donnait trop, le savait mais ne trouvait pas le bouton « stop ». Elle voulait se retrouver, se sentait écartelée entre les devoirs, ne demandait rien en retour mais pourtant attendait quelque chose. Ni vanité dans la gratitude, ni compensation. Non, de la surprise, de l’émerveillement, un jeu impossible : gagner un marché de dupes passé avec Chronos. Nulle méprise, un simple sentiment de dissolution qui égratignait constamment son intégrité. Besoin de calme, de ressourcement, recherche d’une paix intérieure qui commencerait par une sérénité extérieure.
A la place de cela, un défilement continuel, une charge s’ajoutant à une autre, pas de compromis, juste avancer à marche forcée.
Assumer ses choix, coûte que coûte. Et de plus en plus vite.
Accélération continuelle.

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