Fragments épars (4 : digressions)

Il y a ces fils dans ma vie qui se croisent. Ils tissent le chemin parcouru par ces petites voix intérieures qui tantôt me guident, tantôt me mettent en garde. Ce que j’aime chez eux tient en cette facétie qu’ils ont de prendre des formes très diverses : extraits de chansons, ritournelles enfantines, tableaux réels ou assemblés sur le coup face à un paysage, phrases d’amis qui se logent là, près du cœur et résonnent si fort…
L’ensemble me ramène vers ce point d’Équilibre, cette notion mal traduite par les mots puisqu’il s’agit en fait d’un périmètre plus que d’un point en tant que tel. Ce lieu personnel, intangible mais constitué en réalité de cet assemblage de réalités : famille, travail, amis et plus largement place et cheminement dans la société. Sans oublier l’ego, si malmené en ces temps de forts changements, accusé de bien des maux là où parfois il dit dans un souffle « tu as besoin de moi, ne me dilue pas trop sinon tu risques de te perdre aussi dans ce grand Tout ».

L’Équilibre donc, est une recherche constante qui se passe au quotidien, se niche dans les moindres petits gestes et actes et déteste les automatismes. Il réclame qu’au sortir de son foyer on lève la tête vers le ciel un instant, que l’on respire à fond et que l’on soit ancrée dans le Présent. Parce qu’ainsi chaque acte reçoit sa juste valeur et se charge d’une Intention juste, dont on peut être simplement fière. Mais à l’image d’une posture de yoga, un souffle mal ajusté peut nous faire perdre notre ancrage et franchir la ligne. Et dans la Vie, que de bourrasques ! Il est ici une nécessité d’adaptabilité qui réclame observation et intuition.

Une autre facette est intéressante à dévoiler, même si moins perceptible de prime abord : le Donner-Recevoir. Faire un Don, c’est Tout et Rien à la fois. Cela se traduit parfois dans des éléments anodins comme allonger de deux minutes une pause quelconque et écouter ce qui Doit Être Dit. Car cela libère l’Autre d’un poids qui ne nous charge pourtant pas. Recevoir se traduit également dans des gestes anodins mais se comprend dès lors que le mot « Merci » nous vient aux lèvres. La Vie se constitue de choses simples mais pourtant fondamentales. Et la captation se fait au fil de l’eau, dans un total lâcher-prise. Ne pas attendre, ne pas chercher : les choses viennent et nos petites voix se chargent de nous les retraduire, d’attirer notre attention et parfois de nous tancer si nous nous oublions !

Ce Temps particulier de la découverte, est également celui d’une Rupture (avec une majuscule qui ne doit pas effrayer : celle-ci est sans rapport avec un drame, c’est au contraire un très beau Moment). D’autant que le secret suivant, murmuré avec complicité est celui de l’Apaisement. Munies d’un tel guide nous voici prêtes à relever bien des défis. A chacune de choisir les siens, en gardant en tête qu’aucun n’a moins de valeur qu’un autre.
Il arrive que les petites voix se taisent. Les raisons sont multiples mais chacune d’entre nous diagnostiquera sans peine le pourquoi. C’est alors que l’on comprend ce dialogue intérieur et qu’il est intégré pour ce qu’il est : un Besoin. Nulle folie, nulle déviance mais au contraire une confiance en soi renforcée et une plus grande disponibilité en retour pour autrui.

L’Équilibre dans sa globalité se comprend ainsi comme Pilier pour un développement harmonieux, lequel rayonne largement au-delà de nous, renforce nos échanges et donne une belle profondeur à nos Partages. Attention toutefois au point de fuite, aussi appelé « miroir aux alouettes ». Cette recherche se mène avec douceur, à tâtons mais n’est pas une Quête en elle-même : elle n’est qu’un des outils possibles. Le garde-fou le plus accessible est d’être dans l’Instant, de se sentir résonner tout en sachant se raisonner. C’est le fruit d’une pratique, d’une connaissance de soi, d’une Intimité que l’on se construit au fil du temps. C’est accepter que parfois nous nous fourvoyons et qu’en ces temps de mutations profondes nous soyons rudement remises à nos places respectives. Nous portons en nous cette incroyable faculté de Jugement, qui fait de nous des êtres droits et solides, sur lesquels s’appuyer, auxquels se confier, dont on attend parfois avec crainte les réponses à des situations que l’on croit insolubles. C’est enfin accepter son Humanité, savoir s’excuser, reconnaître ses torts et être en mesure de décrypter ce qui nous a amenées à nous tromper. Ce recul, cette distanciation n’a rien de psy-quoi que ce soit. Elle nous permet naturellement la plus belle des Sérénités : aller en Paix au quotidien, en accord avec Soi-Même, Sois-Mêmes, Sois Même.

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