Fragments épars (6 : séparation)

Elle était allée vraiment loin. Il n’y avait pas justifications, juste un besoin et une mauvaise gérance. Alors elle avait choisi la simplicité, ou plutôt la facilité. Le corps est mené par l’esprit. Et son mental était d’une rare force, aussi avait-elle tranché et dissocié les deux.
Cela dura, dura encore.

Le point de rupture fut-il atteint ou dépassé ? Peut-être…

Elle croisa un ami, un de ces êtres amis-d’un-instant qui valida pour la seconde fois un nom. Et poussée par une âme-quasi-soeur, complice des bons et des mauvais jours, elle rencontra cet autre. Réparateur du corps et mécanicien de l’âme pour ceux et celles qui le souhaitaient et l’exprimaient.
Le diagnostic fût vite posé, les soins démarrés. En personne intelligente et pleine d’empathie, il commença par reconnecter le corps et l’esprit. Et elle prit conscience de la douleur. Loin d’être reléguée en bordure du champ de perception, elle prit toute sa dimension. Nul besoin de poser des mots, les maux suffirent à eux-mêmes. Elle continua à tout petit rythme, le seul mental enflammé de colère tant son choix premier avait été stupide.

Les choses commencèrent à se réajuster. Les pieds toujours sur Terre et la conscience de nouveau connectée, elle pu voir l’étendue du hiatus qu’elle s’était imposée. Elle put lâcher peu à peu et oscillait entre larmes et le simple et profond désespoir devant ce fait : elle s’était trahie. Elle avait renoncée à tant de choses, petites et grandes. Elle avait mis en place des schémas, trouvé des excuses, préféré stagner ou reculer.
Elle reprenait ses écrits, établissait de nouvelles relations, réajustait les pièces du puzzle. Elle ne cherchait rien mais le tableau mouvait – presque de par sa volonté propre – et les nouvelles couleurs mises à nu la ramenaient en des lieux qu’elles croyait nettoyés. Des plaies anciennes se remettaient à suinter, des désaccords profonds ressurgissaient. Le corps racontait. Un simple échange avec une tierce personne se parait d’une nouvelle densité et des actes et paroles anodins pour l’observateur extérieur la blessaient au plus haut point.

Arrivée à ce stade, il était plus que temps pour elle de faire retraite, avec pour ligne conductrice cette question aux facettes multiples, posée par un ami-vieille-âme : où habites-tu ?

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