Fragments épars (7 : de la clameur du silence)

Elle se surprenait à envier les vieux. Ni pour leurs rhumatismes, ni pour leur « longue vie » mais pour ces moments entiers durant lesquels ils savouraient le silence. Elle prenait conscience de ces qualités de silence, de tous ces bruits qui en réalité le meublent et lui donne sa consistance. Elle avait du mal à appréhender ces silences légers, ceux qui sont presque excessifs tant ils sont vides. Elle goûtait ceux dont la densité s’émaillaient de petits accrocs, parfaisant ainsi leur profondeur. Elle se rendait compte que l’on est tout sauf seul dans l’absence de bruits et qu’en réalité, nul silence n’en est vraiment un.
Retirée de la clameur du monde, elle appréciait cette simili-solitude, ce retrait partiel qui donnait de vraies respirations, de ces pauses si pleines. Elle se les représentait comme une grosse poire juteuse, de celles que l’on dévore des yeux avant de planter ses dents, de sentir sur ses lèvres le jus, de frémir au contact du sucre et des arômes se diffusant sur son palais. Elle se délectait de ce que tant de gens fuyaient.
Consciemment, elle limitait la radio, les sources diverses qui meublent habituellement notre quotidien. Elle prit le temps d’écouter les rythmes : du travail, de sa voiture, des pas dans la rue, du ronronnement du chat, de la respiration de ses proches.

Elle se recentrait. Doucement, comme un aéroplane aborde une piste plane : tout en délicatesse. Mais avec comme arrière-plan une sirène prête à retentir si les écarts se faisaient trop fréquents ou trop importants. La paix se gagne durement et s’entretient au quotidien.

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