[Fragment 25 : Écoute ton cœur !]

Elle avait cru avoir tout essayé. Elle avait même été jusqu’à s’imaginer qu’elle était arrivée au bout du processus et frétillait, heureuse de remettre ses pas dans les leurs, de refaire le chemin… Elle avait levé la tête et s’était gorgée de soleil. Elle avait arpenté les rues, souriante et rayonnante. Sur sa route ce lieu où l’Alchimiste l’avait retrouvée, faisant fi de ses peurs, avait tout lâché et l’avait serrée tout contre lui, fort, si fort, en lui demandant pardon.
La vue de cet Opéra lui rappelait ce merveilleux moment, celui où humant le parfum de sa peau mêlé à celui du tabac elle s’était nichée, heureuse de leurs retrouvailles et de toute cette fluidité.
Alors évidemment, plantée devant, en route pour aller retrouver un ami cher et fidèle, elle n’avait pu s’empêcher de lui envoyer une pensée, infusée de ce détachement qu’elle pensait acquis.

Le cœur léger, elle avait poursuivi son périple vers l’Inde, ou une de ses émanations… Dans ses rêves se mêlaient les odeurs des épices, ce passage où leurs pas encore les avaient conduits et s’enivrant d’un tchaï tout en avançant dans l’un des plus merveilleux projets qui lui ai été confié jusque là, elle attendait cet autre. Le plaisir de se revoir, le toucher si simple, l’amitié comme solide garde-fou, cette sécurité qui l’englobait et le programme d’une magnifique fin d’après-midi la portaient. Et pourtant… Il avait suffit d’une notification pour qu’elle trébuche.
Constat amer : non, elle n’était ni prête, ni remise.
Entre regrets et projections, ses émotions reprirent le dessus et s’emballèrent. Dans ce grand capharnaüm dont elle portait seule la responsabilité, elle se noya encore une fois. Entre spleen et peurs, tous ses blocages remontèrent en l’espace de quelques jours. Le souffle court, les yeux baignés de larmes et l’esprit embrumé elle prit la décision la plus difficile : si elle ne parvenait pas à couper les liens, lui en avait la capacité. Elle ne se demanda pas s’il le souhaitait ou même s’il accepterait. Elle savait qu’il le ferait. Alors elle formula sa requête, maladroitement mais l’essentiel était dit.

De retour dans ses pénates, elle ne put se cacher longtemps d’elle-même. La solitude (choisie) a cela de bon qu’il est impossible de se dissimuler. On finit invariablement par retomber sur soi-même et quitte à être sa seule compagnie, autant qu’elle soit agréable.
Alors qu’elle vérifiait ses liens – digitaux, virtuels mais aussi bien réels – quelle ne fut pas sa surprise de constater qu’il n’en restait plus avec l’Alchimiste. Il avait accédé à sa requête. Évidemment. Lui, l’homme droit, se tenait à ses dires et valeurs. Alors elle put choir. Complètement. Les pleurs étaient courts, saccadés. Elle se confronta à la réalité et à sa plus grande peur. Elle partit à la recherche de son Enfant Intérieur. Elle fouilla tous les recoins, passa et repassa sur les vestiges de son cœur répandus partout. Nulle cuillère ne pourrait l’aider à le ramasser, nulle épine à retirer avec délicatesse ni rien de ce qu’elle ne pourrait faire ne permettrait de le réunir pour le reconstituer (encore). D’abord, il lui fallait se retrouver. Entièrement. Et prendre le temps de se consoler. De se bercer. De se pardonner. Pour elle qui consultait et collectionnait les outils, il était temps d’en utiliser un nouveau pour elle-même. Le temps était venu qu’elle prenne soin d’elle. Vraiment. Pour que tout ce qu’elle avait mis en mouvement depuis des mois, voire des années, puisse enfin aboutir.
Elle parcourut ses ombres, ouvrit toutes les portes contenant ses peurs, chaque tiroir, visita tous les recoins de sa psyché et finit par mettre la main sur cette gamine effrayée, qui tant de fois déjà avait eu le sentiment d’être abandonnée sans avoir les ressources pour survivre dans ces Mondes Immenses. La blessure était à vif, suppurant encore. Il lui fallait trancher les chairs nécrosées avant de pouvoir nettoyer correctement et panser. Elle fit le constat des réseaux qui partaient de là et vit comme une toile tissée très fine, ou un réseau de neurones où les informations passaient et se répandaient. Que de circuits alimentés par ces émanations ! Que de poison circulant partout !
Elle retroussa ses manches : tant qu’à y être et faire de la micro-chirurgie (à la hache bien affûtée, certes : on fait avec ce que l’on a sous la main !!), autant y aller gaiement. Et c’est donc avec confiance en ses gestes qu’elle incisa, trancha et jugula. Le travail drainait une énergie certaine et elle finit par tomber d’épuisement, heureuse même si les pansements n’étaient pas vraiment finis : elle avait confiance, son corps, son cœur et son âme savaient travailler et fignoleraient le tout en arrière-plan. Et les cicatrices racontaient sa vie, comme autant de marques précieuses et de jalons.

Aussi, quelle ne fut pas sa surprise d’un réveil avant l’aube, à une heure qui ne lui était pas coutumière !
Il ne lui fallut qu’une fraction de seconde pour sentir la reliance. Tout coupé, hein ? L’Alchimiste veille. De loin, discrètement mais lui n’a rien tranché, et en cela il l’a bien eue car prise aux mots. Elle sourit intérieurement : elle connaissait le POUVOIR des mots et dans la rédaction de sa demande, non seulement elle s’était caviardée à la relecture mais elle avait posé les termes en offrant la possibilité d’une autre lecture. Et il ne s’en était pas privé. Évidemment.
Elle accepta ce temps pour ce qu’il était : un cadeau. Elle s’empara de ces heures et profita des ondes alpha pour faire le tour des opérations en cours, continuer de se bercer, rassurer son mental et se ressourcer par le bercement actif des ronrons qui ne la quittaient pas (merci Babette : tu es formidable et tu fais un boulot de dingue !). Cet état des lieux lui permis de se rappeler que d’autres opérations étaient programmées. Et qu’il lui faudrait avoir confiance en elle car oui, elle était tout à fait capable de les mener. Seule. Enfin, pour être honnête, elle serait accompagnée, mais cela relève d’une autre histoire. Revenant à ses moutons et préoccupations du moment, elle fit appel au serpent et lui offrit une danse lancinante. Elle se laissa hypnotiser au rythme de ses reptations, se lovant dans le déroulé de ses anneaux, accompagnant ses gestes et travaillant leurs énergies déployées. L’offrande vint et fut répandue / rendue, comme il se doit d’être.

Le jour avait disposé sa lumière, nimbant les contours des objets d’une présence solide. La Transition était en cours, aussi reprit-elle pied en s’offrant un thé en conscience tout en écoutant quelques mantras. La guérison était engagée, elle serait accompagnée par ses Guides et c’est pleine de Gratitude et apaisée qu’elle en chanta un en particulier, son cœur virtuellement posé contre celui de l’Alchimiste. Elle sentait les petites bulles qui la/les traversaient et elle le remercia silencieusement, sans chercher le contact. Oui, il était présent. Toujours. Elle avait douté et s’était pris les pieds dans le tapis. Pourtant, lui qui formulait si peu de choses le lui avait écrit : « Je ne suis jamais très loin ». Merci.

Elle le savait, têtue il lui faudrait éprouver encore la solidité de ses nouvelles fondations. Mais déjà elle sentait une autre légèreté en elle. Des espaces étaient nettoyés et permettraient d’accueillir d’autres choses. Elle avait choisi de faire le vide, pour mieux recevoir. Cela passait par le matériel, certes, mais les autres plans étaient liés.
Une dernière pensée la traversa et elle l’enchâssa précieusement en elle : ses ami.e.s étaient présents, sa famille aussi. Non, définitivement elle n’était ni seule, ni sans ressource.
Elle respira et continua de surfer sur les émanations sinueuses de son serpent/dragon : d’autres challenges l’attendaient. Il était temps car la Transformation se poursuivait et s’accélérait.

Owlle

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