Fragments épars (5 : Nexus)

– J’ai rêvé que je me coupais les cheveux.
– Tu as cauchemardé que tu massacrais tes cheveux parce que pingre, tu n’as pas voulu te rendre chez le coiffeur.
– Je ne supporte pas qu’autrui me touche. Alors un inconnu, pour m’enlever quelques centimètres… Avec tous ces produits pleins de trucs…
– M’enfin arrête ! Ok t’es sensibilisée aux compositions, mais la parano ça va bien deux minutes hein.
– J’ai pas confiance…
– On y vient. Paye ta contrition et avance, bazar !
– Je fais que ça, avancer.
– Tu reviens à tes histoires de flux, d’autoroutes et autres voies rapides ?
– Trop rapides. Curieusement elles provoquent l’endormissement, c’est pas des voyages enrichissants…
– Je sais, je sais, on a plus le temps d’admirer le paysage, la transformation en prend un coup, les aléas n’en sont plus, l’humain est déshumanisé blablabla… Tes rengaines me pèsent.
– Tu les écoutes pas.
– Ben ouais, je m’en balance un peu. Je préférerais que tu t’intéresses aux redondances.
– Ça y est, deux souris mortes en moins d’une semaine et tu vas me faire un flan !
– Il y en a d’autres.
– Sont-elles pertinentes ?
– Qui es-tu pour en juger ?
– Ben tu vois, je me demande pourquoi on partage le même cerveau. Justement, pour revenir à une de mes marottes : y’a pas de connexion.
– Pourtant, y’a un sacré échange !
– Des échanges oui, mais de là à les taxer de sacrés, laisse-moi rire.
– Jaune, j’imagine…
– Nous nous connaissons, et après ? Facile la rhétorique.
– Comme les chemins que tu empruntes : faciles.
– Et ça nous mène où tout ça ?
– Aux limites de tes marottes justement.
– Ben puisque tu es là et que tu veux pas prendre de vacances, j’en profite…
– QUOI ? Rhaaa le brûlot de mauvaise foi patenté ! Moi, pas vouloir prendre de vacances ? Mais si voyons, d’autant que tu malmènes ton corps, tu es d’une grande violence avec lui, pas de repos, pas de répit, tu enchaînes, tu tires comme une brute, tu as toujours LE prétexte pour pas t’arrêter !
– Retour sur ton terrain, tes obsessions et quant à la mauvaise foi, tu repasseras hein.
– Tu parles, toi qui prétends que « tu puises dans le Grand Tout », que pouic ma belle, tu n’en fais rien. Et tout ça pour quoi ? Parce que tu ne t’en sens pas digne. Ah elle se pose là, Madame Je Donne Des Conseils Que Je Suis La Première A Ne Pas Suivre.
– Rires. Parce que tu en doutes, et pourtant si je ne le faisais pas, comment ferais-je pour être encore debout ?
– Petite joueuse.
– Débat stérile.
– Ben tu sais ce qu’il te dit, le Débat ? Qu’il s’en va ferrailler ailleurs tiens.
– Hum… Bon débarras ! Au suivant ?

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